Slow reading : qu'est-ce que la lecture lente ?
- Roseline Pendule

- il y a 2 jours
- 8 min de lecture
Vous le savez déjà si vous me suivez par ici ou ailleurs, ou vous allez vite le comprendre : je crois profondément que la lecture mérite mieux qu’un feuilletage de pages à vive allure dans l’optique de cumuler le plus possible de livres lus.

Alors, soyons honnêtes, j’aime passionnément lire et comme beaucoup de lectrices compulsives, je lis beaucoup et je suis sans arrêt tentée par de nouveaux ouvrages. Il y a donc facilement l’idée que plus je lirai vite, plus j’en lirai, de ces bouquins qui m’appellent de tous leurs petits caractères frétillants.
Pourtant, la lecture rapide ne peut que gâcher les innombrables pouvoirs et bienfaits de la lecture. Elle est régulièrement encouragée à travers les expositions de livres lus au mois dans des piles interminables. Ou encore plus directement dans des méthodes pour apprendre à lire vite. Mais si cette lecture rapide atteint sans doute le but du record de livres lus à l’année, elle ruine à peu près l’intégralité des apports de la lecture.
C’est pourquoi je suis ravie de constater que le slow reading a fait une réapparition dans la littérature de manière générale et qu’il s’installe pour de bon parmi les lectrices et les lecteurs. Il bénéficie sûrement de l’attrait pour la slow life, le recours à un rythme de vie plus lent, et c’est tant mieux ! Explorons donc ce qu’est ce slow reading !
Le slow reading, c’est quoi ?
Le slow reading désigne la réduction intentionnelle de la vitesse de lecture, pour augmenter la compréhension ou le plaisir. En vérité, on fait d’une pierre deux coups : on accentue la compréhension du style, de l’explicite du texte, de l’implicite et donc on ressent plus de plaisir.
Le concept de la lecture lente est apparu dans l'étude de la philosophie et de la littérature comme technique pour mieux appréhender un texte complexe. Plus récemment, l'intérêt pour le slow reading a grandi avec le mouvement slow et son focus sur la décélération du rythme de vie moderne.
La première référence connue au slow reading remonte à Nietzsche qui appelait à « lire lentement, profondément, avec précaution, avec des portes laissées ouvertes. » Quelle belle image ! Et donc si vous l’ignoriez, en lisant à allure modérée, vous êtes un peu philosophe !
Slow reading et manque de temps pour lire : une contradiction ?
Quand vient la question récurrente du manque de temps pour lire, j’ai toujours envie de dire : le temps ne se trouve jamais, il se prend ! Autrement dit, si l’on ne choisit pas consciemment de lire au lieu de faire autre chose, forcément on n’a jamais le temps de lire. Mais si lire est une priorité, alors, oui, il faut supporter de délaisser une autre tâche pour s’y consacrer.
Du coup, avec ce temps toujours limité malgré tout, le slow reading ne serait-il pas une aberration ? Si l’on n’a déjà pas assez de temps de lecture, pourquoi la ralentir ? Parce qu’au moins, on profite réellement de ce que l’on lit !
La question n’est pas de savoir si on lit 3 livres ou 12 essais littéraires en un certain temps donné. Le sujet est de savoir ce que l’on souhaite faire de nos lectures. Voulons-nous les entasser avec des bribes d’histoires qui s’estompent au fil du temps jusqu’à disparaître parfois totalement de notre mémoire. Ou voulons-nous que chaque livre nous nourrisse, nous transforme, nous fasse penser, grandir, voir d’autres choses ?
Et avec la lecture incarnée que je prône, nous pouvons même vivre nos lectures, les incorporer dans notre quotidien, en faire de véritables sources de réflexion profonde et de sensations qui promettent une mémorisation hors du commun. Mais pour cela, il faut du temps.
Le temps de lire d’abord, puis celui d’écrire et de créer pour enfin y revenir avec un nouveau regard. Alors non, il n’y a pas de contradiction entre lire lentement et avoir peu de temps pour lire. C’est plutôt une façon de lire qui est en jeu.

Les bienfaits du slow reading
La philosophie de l'attention
Ah, l’attention, cette nouvelle économie créée avec les réseaux sociaux ! Le slow reading contribue à faire travailler notre attention. Cette pratique philosophique qui permet une ouverture tranquille à l'altérité nécessite, en effet, une réelle présence.
À la place d'une lecture sélective et pressée qui attrape quelques informations au vol, la lecture ralentie tolère la pensée, les rapprochements et associations issues de notre esprit au cours de la découverte du texte.
C’est là aussi qu’émergent des idées en lien ou en opposition avec le sujet abordé. Les moments que je préfère sont les petites étincelles d’idées créatives ou de réponses écrites qui me viennent parce que, justement, l’esprit a le temps de savourer les mots, les concepts, les tournures de phrases et de divaguer.
La transformation personnelle
La lecture attentive encourage aussi la relecture qui est incroyablement bénéfique : à chaque retour sur un texte, on découvre de nouvelles possibilités, de nouveaux sens rendus possibles par les nouveaux cadres qu'on apporte à l'œuvre. On entre alors dans les richesses profondes des écrits, on soulève avec délicatesse les fines couches de l’oignon littéraire.
En réalité, on déshabille souvent davantage notre façon de voir les choses que les prétendus signes que l’écrivain aurait glissé dans son texte. Mais, justement, s’approprier une œuvre nécessite ce rapprochement intime et unique pour chacune et chacun.
La lecture comme écoute
Le slow reading considère la lecture comme un acte d'écoute et non de simple « vision » du sens. La patience de l'écoute attentive implique un échange ouvert où l'on se laisse affecter par la différence du texte.
Ce chemin mène à la découverte de l’autre, à l’empathie que développe la lecture, si on lui en laisse le temps bien sûr. Pour se confronter ou adhérer à des pensées nouvelles, il faut être en mesure de les entendre, de les comprendre avec finesse.
Ce n’est pas toujours facile d’explorer un domaine entièrement inconnu ou de déceler un point de vue qui nous est étranger à travers un personnage par exemple. Prenons ce temps de l’échange, de la conversation avec les livres et sortons de chaque lecture encore plus riches.
Le plaisir des pages les plus aimées
Des études montrent qu'il existe une forte variabilité de rythme dans la lecture naturelle : les pages préférées sont lues significativement plus lentement. Ralentir est donc une réponse instinctive au plaisir, pas une contrainte.
En ayant le temps de remarquer nos propres variations, nous apprenons à connaître nos petits plaisirs littéraires, ce qui nous touche et ce qui peut initier une trace dans notre carnet de lecture par exemple.
La lecture incarnée et appliquée
Associer sa lecture à une activité précise aide à se souvenir plus longtemps de ce qu'on a lu, si on tente d'en appliquer les concepts, la mémoire s'ancre davantage. Il est également de notoriété publique que tout ce qui est associé à des émotions, des sensations reste en mémoire bien plus profondément et durablement.
Construisons-nous de véritables ressources intellectuelles et humaines en nous appropriant les livres et en ralentissant nos lectures ! Nous aurons alors plein d’idées qui surgiront au fur et à mesure pour créer à partir des livres.
La résistance au monde moderne
À une époque de scroll et de survol, où la concentration et l'attention deviennent des compétences menacées, le slow reading partage quelque chose avec des mouvements sociaux contemporains comme le Slow Food : il offre des façons d'engager la complexité du monde.
Détectons et savourons les nuances qui ont tendance à disparaître. Cela fait plusieurs fois que j’emploie ce mot, mais je trouve qu’il résonne vraiment avec la lecture lente : la finesse. On pourrait aussi parler de précision. C’est plutôt une belle manière de faire rébellion, de lire, non ?
L’art de la relecture
Les grands livres ne peuvent jamais être pleinement appréciés à la première lecture. Les rares fois où l’on relit un livre, c'est une expérience entièrement différente, non seulement parce qu'on est différente en tant que lectrice, mais parce qu'on manque inévitablement des choses la première fois. Et quel plaisir de s’en rendre compte !
Et nous ne sommes pas obligées de relire un livre en entier pour voir les effets du retour sur texte. Nous pouvons reprendre un passage, un chapitre qui sera éclairé par la suite de l’histoire que nous connaissons déjà. Mais méfiez-vous, avec cette pratique, vous risquez d’acquérir un œil d’écrivaine !
Le slow reading pour une lectrice transformée
Lire lentement ne veut donc pas dire lire moins. C’est lire autrement et surtout, se lire soi à travers les rencontres littéraires.
Le slow reading ne demande pas d’être une meilleure lectrice. Il invite à être une lectrice plus présente, plus poreuse, réceptive, plus vivante. Et ça change tout.
La vraie question, rappelons-le, n’est pas : combien de livres ai-je lus cette année ?Mais plutôt : combien de livres m’ont réellement traversée ?
On peut continuer à survoler, accumuler et à consommer. C’est une option que la société qui nous presse comme des oranges encourage même fortement. Mais si l’on sent cette fatigue diffuse, cette impression de ne rien retenir, de ne rien vivre pleinement, alors ralentir n’est pas une perte de temps. C’est un retour à soi.
Ralentir peut signifier d’accepter de ne pas « finir » un livre, mais de commencer une rencontre. Ralentir donne le droit d’être transformée. Ce peut être inconfortable. C’est donc précieux.
Si vous deviez commencer aujourd’hui, faites simple : ouvrez un livre, lisez une page et restez-y. Juste pour voir ce que cela vous fait !
Et pour mettre le slow reading en pratique dès maintenant, j'ai créé un carnet de lecture offert, celui que j'utilise moi-même pour mes lectures de printemps. Il vous guidera pour commencer à ralentir, découvrir la lecture incarnée et vraiment vivre vos prochains livres.
FAQ – Slow reading
Qu’est-ce que le slow reading, concrètement ?
C’est une manière de lire qui privilégie la qualité de présence plutôt que la quantité. On ralentit volontairement pour laisser émerger des sensations, des questions et des résonances. On ne recherche plus la prise de contenu, mais à entrer en relation avec le texte.
Est-ce que ça veut dire lire moins de livres ?
Oui et non. Le volume de livres peut baisser, mais la profondeur augmentera toujours. Après, cela dépend du temps dédié à la lecture et aussi de l’habitude. Plus on apprend à se mettre à disposition, à l’écoute de sa lecture, plus l’attention est aiguisée et plus l’intensité arrive vite.
Je n’ai pas le temps de lire lentement, je fais comment ?
Pas le temps ou pas l’habitude ? Le slow reading ne demande pas plus de temps, il demande plus d’attention. Même 10 minutes peuvent suffire, si vous êtes pleinement là.
Comment pratiquer le slow reading au quotidien ?
Quelques pratiques simples :
Relire un passage qui vous a touchée (et voir ce qui change)
Lire à voix haute pour ralentir naturellement
Noter une sensation, pas un résumé
Associer la lecture à un moment sensoriel (boisson, musique, lieu)
Mais surtout : arrêter de se demander si on « lit bien » et chercher plutôt à ressentir au maximum.
Est-ce que c’est compatible avec des lectures « légères » ?
Oui. Le slow reading n’est pas élitiste. D’ailleurs, la lecture n’a pas à l’être. On peut lire lentement un roman feel good, une BD ou même un texte court, un poème. Ce n’est pas le livre qui fait la profondeur, c’est la qualité de l’attention.
Pourquoi je ne retiens rien de mes lectures ?
Parce que l’on consomme sans intégrer. Le cerveau n’imprime pas ce qu’il ne relie pas à une expérience. Le slow reading fonctionne justement parce qu’il crée de l’ancrage émotionnel, sensoriel et personnel.
Faut-il relire les livres pour mieux comprendre ?
Oui. Et c’est là que ça devient intéressant. On ne relit jamais le même livre, parce qu’on n’est déjà plus la même personne.
Le slow reading, c’est pour qui ?
Pour vous, si vous sentez que :
Vous lisez beaucoup mais sans vous remplir vraiment
Vous voulez ressentir plus, pas seulement comprendre
Vous voulez faire de la lecture un espace à vous, pas une performance








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