Comment la lecture m’a appris à penser (et à créer)
- Roseline Pendule

- il y a 1 jour
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 21 heures
Il y a des moments dans une vie où avoir le nez dans le guidon cause plus de dégâts que d'autres. Pour moi, un de ces moments a été causé par le manque de lecture. Littéralement.
Je ne parle pas d'un manque d'envie ou de motivation pour lire, ce qui peut arriver aussi. Nous avons alors du mal à retourner vers l'objet-livre. Non, c'était un moment où je ne pouvais plus lire de fictions tout court. Chaque roman semblait figé, chaque mot stérile, comme si la littérature avait perdu son pouvoir sur moi. Pour quelqu'un comme moi qui lisait de manière compulsive depuis la maternelle, c'était un vrai choc.
A ce moment-là, j’étais étudiante, noyée sous les travaux de recherche, les articles de documentation et autres ouvrages universitaires. Alors oui, je lisais, mais il n'y avait plus le moindre espace pour la fiction. Quand j'ai fixé ce constat, j’ai compris : mon impression constante d'étouffer venait de se déséquilibre. Si j'ai un poumon pour la recherche, j'ai l'autre pour la littérature et si l'un s'éteint, l'autre s'essouffle. Depuis, je sais aussi que cette circulation respiratoire fonctionne dans les deux sens.
La lecture comme respiration

Si l'écriture est mon moyen d'interpréter le monde, lire est ma façon de le respirer, de le ressentir, de l'apprivoiser. Chaque livre, chaque phrase est une bouffée d’air dans le chaos quotidien. La lecture m’a sauvée. Elle m’a redonné une place dans un univers qui me semblait trop grand et souvent trop froid. Elle me sauve chaque jour en fait.
Quand j’ai pris conscience de l’acte de lire, j’ai compris qu’il y avait là quelque chose de magique. Pas au sens mystique du terme, mais dans le sens le plus humain du mot qui consiste à relier à l'infini de l'humanité. Je dis souvent que chaque livre est un morceau d'une humanité partagé à un instant T. Cela explique sûrement pourquoi les livres représentent bien plus qu'un objet palpable. Que j'aime aussi en tant que tel d'ailleurs.
Lecture et savoir penser
Il y a mille raisons d'aimer lire au point de ne pas pouvoir s'en passer. Parmi celles-ci, il y a cette évidence : nous pouvons lire un texte écrit il y a cent ans, par quelqu’un que nous ne connaîtrons jamais et pourtant, pendant quelques minutes, quelques heures, nous pensons ensemble.
Il y a dans la lecture une forme de fraternité invisible. Une chaîne de pensée qui traverse le temps et relie les esprits.
On explique souvent la lecture de façon scientifique avec les neurosciences, la sociologie ou la psychologie. Et c’est passionnant, évidemment, mais il reste toujours une part de mystère. Cette vibration entre le mot et le monde. Ce souffle entre deux êtres humains reliés par le langage écrit.
Lire, c’est aussi créer
Cette magie ne doit cependant faire oublier que lire ne se limite pas à absorber ou à discutailler superficiellement quelques pensées trouvées entre les pages. Lire a aussi le pouvoir de transformer.
À chaque lecture, quelque chose se dépose, germe et grandit en nous. Un mot devient idée, une idée devient un geste, un geste peut devenir une œuvre. Il faut lier l'acte de la lecture et penser. Lire, c’est échanger des pensées. Écrire permet de les prolonger. Créer donne une forme visible à ce cheminement afin de se l'approprier afin qu'il s'inscrive dans notre quotidien. Parfois jusqu'à le bouleverser ou le révéler.
Lire pour revenir à soi
Tout cela montre que lire n'est en aucun cas fuir le réel. Oui, nous pouvons nous évader de nos journées, de nos pensées redondantes, de notre environnement. Mais cela ne veut pas dire fuir le réel. Au contraire, nous nous enracinons dans une réalité plus vaste, inspirée par d'autres points de vue, d'autres images. Nous retrouvons alors notre souffle, notre clarté, notre rythme et notre ouverture sur les autres et le monde.
La lecture est un ancrage et un envol à la fois. Elle m’apprend chaque jour à être plus consciente, plus vivante et plus reliée. La lecture n’est ni un luxe ni un loisir. C’est une façon indispensable d’habiter le monde.








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