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Considérer la lecture comme un loisir affaiblit nos capacités cognitives

  • Photo du rédacteur: Roseline Pendule
    Roseline Pendule
  • il y a 4 heures
  • 6 min de lecture

Dans nos vies surchargées, nous appelons “loisir” ce que nous faisons quand tout le reste est fait, ce qui vient après les obligations, ce qui dépend du temps disponible. Autant dire que pour des femmes à double journées, le loisir occupe une place restreinte, s’il en a au moins une, de place.


lecture et capacités cognitives

Classer la lecture dans cette catégorie paraît anodin puisque c’est une habitude, un fait établi par la société, par le vocabulaire employé pour désigner cette action de lire. En réalité, c’est une erreur stratégique grave avec des conséquences importantes, car dès qu’elle devient un loisir, la lecture entre en concurrence avec les écrans, les réseaux sociaux, les séries et la distraction rapide.


Elle se retrouve triste perdante face à ces concurrents de la rapidité, de l’instantanéité et du consommable au clic. Et il n’est pas question ici de tenir un propos moral envers les écrans qui ne sont et ne devraient être considérés que comme ce qu’ils sont : des outils.


Avec la lecture, le sujet est différent puisque le propos s’avère cognitif. Considérer la lecture comme un loisir modifie notre rapport à l’attention, au langage, à la pensée et à la transmission. Et cela a des impacts mesurables sur nos capacités mentales.


Lecture et neurosciences de l’attention : un entraînement cérébral exigeant


Les recherches en neurosciences montrent que la lecture mobilise un réseau complexe dans notre cerveau :


  • le cortex préfrontal qui sert à la planification et au contrôle attentionnel,

  • les aires du langage,

  • la mémoire de travail qui fait tant de différences au quotidien,

  • les réseaux d’intégration sémantique.


Lire un texte structuré oblige le cerveau à maintenir une attention soutenue et nous savons à quel point cette attention est un enjeu majeur dans un monde de défilement à la seconde. Lire inhibe les distractions, engageant ainsi un cercle vertueux pour l’attention juste citée. Lire permet aussi de relier des informations éloignées et de construire une représentation cohérente.


Ces opérations complexes dépassent le simple décodage. Il y a un véritable acte de structuration qui découle de la lecture. Si cette dernière devient occasionnelle, fragmentée, soumise à l’humeur, l’entraînement attentionnel diminue et, comme un muscle non sollicité, l'attention s’atrophie. Lire entretient la capacité d’attention longue.


Économie de l’attention : la lecture n’est pas compétitive face au loisir


Nous vivons dans ce que les chercheurs appellent l’économie de l’attention : notre concentration est la ressource convoitée. Les plateformes présentes de tous côtés sont conçues pour maximiser la réactivité, fragmenter le temps et favoriser la gratification immédiate.


lecture n'est pas un loisir vain

C’est sûr qu’en face, la lecture affiche une certaine exigence avec sa lenteur, son silence et son besoin de continuité. Alors, en étant rangée dans la case “loisir”, c’est-à-dire optionnelle, elle est systématiquement reléguée aux oubliettes. Résultats :


  • baisse de la capacité à soutenir un effort cognitif,

  • difficulté à lire des textes longs,

  • impatience face à la complexité.


Il ne s’agit pas que de volonté individuelle. C’est une question d’environnement mental. Et en tant que femmes sollicitées de toutes parts - coucou la charge mentale, hello le boulot, par ici la famille - notre attention est déjà fragmentée. Si nous ne sanctuarisons pas la lecture, elle disparaît.


Baisse du vocabulaire et appauvrissement cognitif


La lecture régulière est corrélée à l’enrichissement lexical, à la précision conceptuelle ou encore à la capacité d’argumentation. Or, le vocabulaire n’est pas décoratif, il structure la pensée au point d’établir qu’une chose qui n’est pas nommée ne peut pas exister.


Un lexique riche apporte les nuances, les distinctions et les formulations fines qui sortent de la confusion, ouvrent à la clarté et embrassent des concepts profonds et variés. À l’inverse, un vocabulaire appauvri réduit la capacité à analyser le réel.


Ainsi, quand la lecture devient sporadique, le langage se simplifie et la pensée aussi. Au secours. Dans le quotidien, cela se traduit par exemple par la difficulté à formuler une idée complexe, à sortir des arguments flous, à évacuer la pensée binaire ou par une fatigue face aux textes exigeants.


Ce déclin n’est pas spectaculaire, il est progressif, mais malheureusement bien réel. Alors, imaginez les effets à la taille d’une grande partie de l’humanité…


Lecture et réussite scolaire : un levier structurel


Concernant les jeunes générations, les études sur la réussite scolaire montrent une corrélation forte entre l’exposition précoce aux livres, la pratique régulière de la lecture et la performance en compréhension écrite comme en raisonnement.


lire n'est pas un loisir

La mesure ne se fait pas en volume de lecture, mais par rapport à l’environnement intellectuel. Dans un foyer où la lecture est centrale :


  • le langage est plus précis,

  • les discussions sont plus élaborées,

  • la curiosité est stimulée,

  • l’effort intellectuel est valorisé.


Si la lecture est présentée comme un loisir, elle devient accessoire pour l’enfant. Si elle est intégrée comme pratique structurante, elle devient une norme. Et nous le savons bien lorsque nous évoquons les critères sociaux, la transmission familiale a tout son rôle à jouer. Ce que nous incarnons en tant que parents, accompagnateurs, adultes dans une société devient la référence implicite.


Lire “quand on a le temps” n’enseigne pas la discipline. Lire de manière régulière et réfléchie enseigne la priorité. Et le mieux est que cela ne nécessite pas de rapport à l’argent. Aller en médiathèque est une habitude. Parler des livres en cours en est une autre. Créer autour de ses lectures avec quelques feuilles, des crayons ou un carnet aussi.


Lecture et structuration de la pensée


Lire un essai, un roman dense, un texte philosophique, un roman graphique oblige à suivre une argumentation, comprendre des enchaînements logiques, identifier des prémisses, accepter la complexité dans les propos ou dans les rapports texte-images.


C’est aussi le moyen de développer l’esprit critique en différant le jugement, en vérifiant les informations, en contextualisant des données nouvelles ou en comparant les points de vue, les manières d’aborder un sujet.


Dans un monde saturé d’opinions instantanées, cette capacité devient rare. Si la lecture est réduite au loisir, elle est évaluée selon le critère du plaisir immédiat. Or les textes qui structurent vraiment ne sont pas toujours “faciles” et tous les textes sans exception méritent un temps de travail pour en retirer ce qui nous est nécessaire. La discipline intellectuelle suppose d’accepter cet inconfort.


Pourquoi cela concerne particulièrement les femmes


Beaucoup de femmes cultivées traversent une phase de dilution intellectuelle à cause des journées fragmentées, des responsabilités multiples, du manque de temps profond qu’elles cherchent à vaincre avec une consommation culturelle dispersée.

Bien sûr, elles ne manquent pas d’intelligence, juste de continuité. Or, replacer la lecture au centre n’est pas ajouter une charge. C’est recréer un axe.


Lire régulièrement :


  • redonne de la verticalité,

  • clarifie la pensée,

  • renforce la confiance,

  • nourrit la transmission.


Une femme structurée intellectuellement influence ses conversations, ses choix, son foyer et tout son environnement professionnel et personnel. La lecture n’est pas un loisir féminin élégant, mais un levier de puissance intérieure.


Discipline intellectuelle : un changement de paradigme


Considérer la lecture comme un loisir produit donc une irrégularité et une superficialité tandis que la considérer comme une discipline engendre constance, approfondissement, progression et autorité intérieure.


La question n’est donc pas d’aimer lire, comme ça, en passant, mais de savoir si notre vie est organisée pour lire. Et ça change tout.


la lecture n'est pas un loisir

Lecture et capacités cognitives


Pourquoi la lecture est-elle importante pour le cerveau ?


La lecture stimule plusieurs zones cérébrales impliquées dans le langage, la mémoire et l’attention. Elle favorise la plasticité cérébrale et entretient les fonctions exécutives.


La lecture améliore-t-elle vraiment les capacités cognitives ?


Oui. Elle renforce la concentration, la mémoire de travail, la compréhension fine et la capacité d’analyse. Une pratique régulière a un effet cumulatif.


Quel est le lien entre lecture et réussite scolaire ?


Les enfants exposés régulièrement à la lecture développent un vocabulaire plus riche et de meilleures compétences en compréhension écrite, deux facteurs déterminants de la réussite scolaire.


Lire sur écran est-il équivalent à lire un livre papier ?


La lecture numérique peut être efficace, mais elle est souvent associée à plus de distraction et à une lecture plus superficielle. Le contexte d’attention joue un rôle déterminant et nous savons désormais que le processus mécanique de lecture au niveau du cerveau n’est pas le même face à un écran et face à une page.


Combien de temps faut-il lire pour améliorer ses capacités cognitives ?


La régularité prime sur la durée. Un temps quotidien, même modeste mais stable, est plus efficace qu’une lecture sporadique et intensive.


Comment développer une discipline intellectuelle autour de la lecture ?


En fixant un créneau non négociable, en choisissant des lectures exigeantes, en prenant des notes et en intégrant la lecture dans une progression structurée.


Si la lecture dans toutes ses dimensions vous intéresse, rejoignez-moi !


lecture et capacités cognitives

 

 

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