Enfant qui s'ennuie sans écran : que faire quand on ne veut pas céder ?
- Roseline Pendule

- il y a 3 heures
- 5 min de lecture
« J’m’ennuie. » « J’sais pas quoi faire. »
Nous avons toutes entendu ces phrases sortir de la bouche de nos enfants adorés. Et, si nous avons de la chance, nos petits chats ne les ont pas répétées en boucle durant toute une journée d’été à la maison. Néanmoins, ce refrain a tendance à se reproduire à des moments bien précis, notamment quand nous ne sommes pas disponibles pour initier une activité, quand on est fatiguées avec supplément stress et, surtout, quand les écrans sont éteints. Alors, face à l’enfant qui s'ennuie sans écran, que faire quand on ne veut pas céder ?
Enfant qui s'ennuie sans écran

Lors de l’arrivée de crise imminente, deux principaux réflexes sont possibles : soit l’épuisement nous fait céder, soit la culpabilité de ne pas être suffisamment libre, de ne pas assez nourrir ou stimuler nos enfants nous accable. Et lorsque nous cédons aux écrans, c’est aussi une dose de culpabilité en plus, parce que non seulement nous ne sommes pas « au top », mais en plus, nous savons que les écrans sont nocifs.
Alors, que faire lorsque l’enfant chéri s’ennuie sans écran ? En premier, respirer. Eh oui, si nous ne sommes pas disponibles pour détourner l’attention dans l’immédiat, ce n’est pas par manque de volonté. Donc déculpabilisons. Ceci nous permet de considérer la demande de l’enfant autrement : un enfant qui s’ennuie, n’est déjà pas un enfant en danger, remettons les choses à leur place. L’ennui est même une très bonne chose, en particulier pour la créativité.
Justement, un enfant qui s’ennuie a peut-être tout simplement oublier de se créer des idées qui mèneraient à des envies, à une curiosité stimulée et à un esprit capable de réfléchir et de s’occuper par soi-même. C’est là-dessus que nous pouvons intervenir.
L’enfant et l’ennui : que faire sans écran ?
Intervenons d’abord sans rien faire. Oui, je sais, c’est audacieux comme proposition ! 😊 Avant de nous jeter dans l’action ou la culpabilisation, interrogeons-nous : l’enfant s’ennuie-t-il vraiment ou attend-il juste que je décide à sa place ?
L’ennui, lorsqu’il est subi, est source d’inconfort. Et quand nous ressentons de l’inconfort, nous souhaitons changer la situation au plus vite. Quelque soit l’âge d’ailleurs. Nous nous empressons ainsi de couper court à un début de réflexion, une pause bienvenue entre deux activités ou le travail inné de l’imagination.
Dans ce cas, le problème n’est pas l’ennui, mais la gestion de cet inconfort qu’il provoque. L’enfant n’a alors pas besoin d’une occupation à la seconde. Il a besoin d’un processus pour traverser l’inconfort, l’apprivoiser jusqu’à savoir répondre de lui-même à son ennui. Oui, ça ne se fait pas en deux jours ! Mais c’est un cadeau pour la vie !
Comment occuper un enfant sans écran ?
Une fois ceci posé, allons encore plus loin, car nous allons passer beaucoup de temps à apprendre à nos enfants à gérer l’ennui. Et pendant tout ce temps, nous chercherons à les occuper. Or, occuper est en réalité rarement ce qui nous fait rêver pour eux. Nous souhaitons davantage éveiller nos enfants, être force de propositions enrichissantes, ouvrir des possibles dans lesquels nos enfants s’épanouiront.
Nous cherchons rarement à divertir par principe, à nous transformer en animateurs de colonies à la maison. Alors, osons proposer simplement une piste. D’abord détaillée, accompagnée, puis de plus en plus suggestive. Posons des questions à l’enfant qui s’ennuie afin d’ancrer le processus de gestion d’ennui et de guider vers des solutions possibles. Tout ceci dans le but de laisser jaillir les idées, de laisser l’enfant retrouver le chemin de sa créativité de jeux, de curiosité, d’envies.
3 idées créatives pour enfants sans écran
Pour accompagner l’indépendance de l’enfant qui s’ennuie, voici quelques idées pour enfants sans écran.

L’objet mystérieux
Posez un objet sur la table (clé, caillou, vieille photo, figurine) et demandez en sollicitant non la vérité mais l’imagination la plus extravagante :
À qui appartient-il ?
D’où vient-il ?
Que cache-t-il ?
C’est une ouverture sur un monde d’histoires.
Le défi en 10 minutes
Très utile lorsque l’addiction aux écrans risque de créer des tensions. Commencer par 10 minutes de défi avant les écrans, puis allonger le temps du défi ou décaler et annuler le temps d’écran associé. La consigne est simple :
“Tu as 10 minutes pour inventer quelque chose à partir de ça.”
Donnez un mot, une image, plusieurs images incohérentes à mettre ensemble dans une création visuelle, écrite, une contrainte absurde.
Le carnet libre pour enfant qui s'ennuie sans écran
Un carnet à offrir comme un cadeau précieux, pas un objet banal pour s’occuper et fiche-moi la paix. Ce carnet pour enfant qui s’ennuie est réservé à :
des idées
des débuts d’histoires
des dessins pas finis
des rêves, même les plus fous
des bribes de conversations espionnées qui donnent des idées (oui, il faut ce qu’il faut !)
et toute autre inspiration que vous reliez avec des intérêts passés ou possibles chez vos enfants
La règle d’or est vraiment de considérer ce carnet comme un trésor qui n’appelle donc ni corrections, ni commentaires d’amélioration. Juste, en cas de profonds besoins, un petit mot à coller dedans pour insinuer une piste.
3 idées culturelles pour enfants sans écran
Comme évoqué au début, nous espérons souvent cultiver nos enfants et non strictement les occuper. On risque alors de se fixer des objectifs trop grands, trop prenants que nous ne mettons pas en œuvre en étant débordées. En réalité, la culture commence par regarder autrement.
Une question par jour
Pas une leçon. Une question :
Pourquoi les châteaux étaient-ils construits en hauteur ?
À quoi servaient les masques dans l’Antiquité ?
Pourquoi raconte-t-on des histoires depuis toujours ?
Inutile de connaître la réponse en amont. Le but est de titiller la curiosité. L’enfant répond d’abord avec son imagination, puis la plongée dans les livres se révèlera indispensable !

Une image à explorer
Une œuvre ou une carte ou une illustration à partager avec des questions comme :
Que vois-tu en premier ?
Qu’est-ce qui t’étonne ?
Que se passe-t-il juste avant / juste après ?
L’observation entraînera le regard de l’enfant qui s’ennuie. Ce sens pourrait bien devenir un super pouvoir en cas de temps libre !
Une mini-exploration guidée pour enfants sans écran
Encore une fois, oublions les grands projets. Ouvrons une petite porte sur un thème, une idée et instaurons un rituel, une habitude qui deviendra solution autonome en cas de je-sais-pas-quoi-faire.
Et si le vrai problème n’était pas l’écran ?
L’écran est souvent plus un symptôme qu’une cause. Il est tellement plus facile d’attraper un écran ou de s’asseoir devant celui déjà installé que de remettre ses idées en route quand on a perdu l’habitude.
Rendons l’accès au matériel créatif et culturel plus simple que celui aux écrans. Laissons une petite table avec des couleurs attrayantes, des autocollants qui surgissent par surprise, des papiers originaux à disposition.
Et n’hésitons pas à rendre l’installation de l’écran moins immédiate parce qu’il faut déplacer quelque chose ou recharger la batterie qui n’est pas rangée au même endroit ou que sais-je pour augmenter ce qu’on appelle la friction. L’humain est ainsi fait qu’il choisira toujours en premier le plus facile d’accès. Alors, certes l’attrait des écrans sur les enfants est tel que les obstacles crédibles pèsent peu lourds, mais avec une initiation au processus anti-ennui, il y a des chances que ça fonctionne de temps en temps.
L’enfant qui s’ennuie : besoin de temps
L’autonomisation de l’enfant qui s’ennuie ne se fait pas du jour au lendemain. L’enfant a besoin de temps. De temps libre en dehors des sollicitations automatiques, constantes. De temps pour découvrir ou redécouvrir des possibles. De temps d’attention renouvelée. De temps avec ses parents.
Et ce dernier point manque parfois aux parents les plus dévoués qui peuvent se tourner vers des solutions qui enlèvent la charge mentale, donnent des pistes applicables immédiatement et nourrissent l’enfant comme il faut. Le Club de Culture générale des enfants a été créé pour cela.








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