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Comment pratiquer le slow reading au quotidien

  • Photo du rédacteur: Roseline Pendule
    Roseline Pendule
  • 11 mai
  • 6 min de lecture

Vous avez entendu parler du slow reading et peut-être que l'idée  de lire moins vite, retenir davantage et vraiment vivre ses lectures vous attire. Mais vous vous demandez comment faire concrètement, dans une vie réelle, avec des journées déjà bien remplies. Comment pratiquer le slow reading au quotidien ? Voici la réponse pratique à cette question.


le slow reading au quotidien

Le slow reading pour lire autrement


Avant de parler de pratique, dissipons un malentendu fréquent ou faisons un rappel. Le slow reading ne vous demande pas de lire cinq heures par jour. Il n’exige pas de renoncer à vos autres lectures, ni de finir chaque livre en trois mois. Il encourage quelque chose de bien plus simple et de bien plus profond à la fois : être présente à ce que vous lisez.


Lire vite et tout oublier n'est pas de la lecture, mais du survol. Le slow reading, à l'inverse, est une façon d'habiter les livres plutôt que de les traverser. Et cette façon d'être avec les textes se pratique, elle s'apprend, se cultive jusqu’à devenir naturelle avec le temps.


Nietzsche, qui fut l'un des premiers à théoriser la lecture lente, ne parlait pas d'une technique mais d'une posture intérieure avec des habitudes à cultiver.


Poser une intention avant d'ouvrir le livre


La première pratique du slow reading commence avant la première page. Plutôt que d'ouvrir votre livre machinalement parce qu'il est là et que vous avez cinq minutes, prenez trente secondes pour poser une intention.


Une intention de lecture n'est pas un objectif. Ce n'est pas "je vais lire vingt pages ce soir". C'est une question posée en douceur : pourquoi ce livre, pourquoi maintenant ? Qu'est-ce que je viens chercher ici ou qu'est-ce que j'accepte de ne pas savoir encore ?


Concrètement, vous pouvez regarder la couverture pendant quelques secondes avant d'ouvrir, lire le titre à voix haute une fois ou simplement prendre une grande inspiration et nommer intérieurement ce que vous apportez à cette lecture. Ce geste minuscule de trente secondes change l'expérience qui suit de façon significative.



Lire par sessions courtes et intentionnelles


Le slow reading ne demande pas des heures de lecture ininterrompue. Il demande des sessions pleinement habitées. Vingt minutes de lecture vraiment présente valent mieux qu'une heure de pages tournées machinalement.


Le slow reading change aussi radicalement la fin des sessions de lecture. Au lieu de s'arrêter quand la sonnerie retentit ou quand la fatigue arrive, on s'arrête quand quelque chose mérite d'être posé. À la fin d'un chapitre fort, après une phrase qui résonne, à l'endroit où le livre a dit quelque chose d'important.


S'arrêter à cet endroit-là, même si ce n'est pas la fin du chapitre ou une heure pile correspond déjà à du slow reading.


Pratiquer la pause chapitre en slow reading


C'est le cœur de la pratique quotidienne du slow reading. Après un chapitre, pas tous, mais ceux qui méritent d'être posés, prenez deux à cinq minutes pour noter ce qui remonte.


Il ne s’agit pas de rédiger un résumé ou une analyse. Essayez plutôt d’apporter une réponse honnête à ces quelques questions :


  • Quelle est la première image ou sensation qui remonte maintenant que je ferme le livre ?

  • Comment je me sens après ce chapitre ?

  • Qu'est-ce qui m'a arrêtée, une phrase, un personnage, une scène ?

  • Est-ce que quelque chose dans ce chapitre résonne avec ma vie en ce moment ?


Cette pause peut être mentale et vous y répondez dans votre tête en regardant par la fenêtre. Elle peut être écrite avec quelques lignes dans un carnet. Elle peut être physique également en allant vous promener quelques minutes après avoir lu tout en gardant l’histoire en tête.


Laisser des portes ouvertes


slow reading pratique

Une des erreurs les plus fréquentes des lectrices qui veulent "bien lire" est de chercher à tout comprendre, à tout résoudre et à avoir une opinion claire sur chaque chapitre. Le slow reading accepte l'inverse : valoriser l'incertitude, les questions sans réponse, les fils narratifs qu'on laisse vibrer sans les attraper.


Concrètement, cela signifie noter ce qu'on ne comprend pas encore sans chercher à le résoudre immédiatement. Garder une question ouverte pendant plusieurs jours et laisser le livre travailler en soi entre deux sessions. Accepter de ne pas avoir d'avis tout de suite sur un personnage ambigu, une fin ouverte ou un sens incertain.


Les meilleurs livres ne se ferment d’ailleurs pas complètement. Ils continuent à poser des questions longtemps après la dernière page. Le slow reading crée l'espace pour que ces questions vivent.


Incarner ce qu'on lit


C'est la pratique la plus transformatrice et la plus rare. Choisir quelque chose dans ce qu'on vient de lire et l'expérimenter dans sa vie réelle pendant une semaine. Pas forcément quelque chose de grand. Parfois incarner un livre revient à marcher plus lentement pendant trois jours. Ce peut aussi être cuisiner quelque chose qu'un personnage aurait mangé.


Cette pratique ancre la lecture dans le corps et dans le quotidien comme aucun résumé ne peut le faire. Un livre qu'on a vécu, même partiellement, ne s'oublie pas. Un livre qu'on a seulement lu, même avec attention, peut s'effacer en quelques semaines.


Créer un rituel d'entrée en lecture


Le slow reading se pratique mieux quand il est précédé d'un rituel. Encore une fois, inutile de cherché compliqué ou contraignant. Il suffit d’une séquence courte et répétée qui dit à votre cerveau : maintenant, on ralentit.


Ce rituel peut être aussi simple que préparer une boisson chaude avant d'ouvrir le livre. Allumer une bougie. Poser son téléphone dans une autre pièce. Lire dans le même fauteuil ou le même coin à chaque fois. Prendre trois respirations avant de tourner la première page.


La régularité du rituel crée un état de disponibilité intérieure que la lecture lente réclame. Sans cet état, le slow reading reste une intention sans corps.


Tenir un carnet de lecture vivant


Un carnet de lecture slow reading n'est pas un tracker de livres lus ni un recueil de résumés ou de citations. C'est un espace de dialogue entre vous et le livre, un endroit où vous répondez à ce que le livre vous dit, où vous posez des questions qu'il éveille, où vous notez ce qui a changé en vous.


Les pages les plus utiles dans un tel carnet ne sont pas celles qui analysent le livre mais celles qui parlent de vous à travers lui. La carte de transformation avec qui vous étiez avant ce livre et qui vous êtes après : la lettre au livre avec ce qu’on lui donne, ce qu’on lui reproche ou la phrase que l’on garde pour la vie.


Ce carnet n'a pas besoin d'être rempli à chaque page. Certaines lectures appellent beaucoup d'écriture, d'autres méritent juste un mot, une date ou un dessin. L'essentiel est qu'il existe un endroit où les livres laissent une trace réelle dans votre vie.


slow reading carnet

Slow reading et vie quotidienne : questions pratiques


Combien de livres lire en slow reading ?


Il n'y a pas de réponse universelle. Certaines pratiquantes du slow reading lisent un seul livre par mois, d'autres deux ou trois. Ce qui change n'est pas le nombre, mais la qualité de présence. Une lectrice qui lit six livres par an et se souvient vraiment de ces six ouvrages a une vie de lectrice bien plus riche qu'une lectrice rapide qui lit soixante livres pour n’en retenir que cinq.


Peut-on mélanger lecture rapide et slow reading ?


Oui, complètement. Tous les livres ne méritent pas le même niveau d'attention. Un roman policier qu'on lit pour se détendre n'appelle pas les mêmes pratiques qu'un roman qu'on veut vraiment habiter. Le slow reading n'est pas une règle, mais un choix que l'on fait pour certains livres, à certains moments de sa vie.


Et si on n'a que dix minutes par jour ?


Dix minutes de slow reading valent plus que deux heures de lecture distraite. La contrainte de temps force même une forme de ralentissement naturel puisque l’on ne peut pas survoler quand on sait qu'on doit s'arrêter bientôt. Dix minutes intentionnelles, avec une pause de deux minutes après, et une note griffonnée est une pratique slow reading complète et valide.


Le slow reading n'est pas une discipline qu'on maîtrise, mais une relation qu'on cultive. Avec les livres, avec sa propre attention, avec le temps qu'on choisit de consacrer à ce qui compte vraiment. Comme toutes les pratiques lentes, la lecture profonde demande de la régularité plus que de la perfection. Et elle récompense, avec le temps, bien au-delà de ce qu'on imaginait au départ.


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