• Roseline Pendule

Une œuvre - une histoire : explorer sa créativité

La créativité s'entretient, se travaille et s'élargit au quotidien. Parmi mes exercices favoris, inventer une histoire en regardant une œuvre d'art est presque devenu un rituel. Ce peut être un mot, une phrase, une vague idée, peu importe ce qui vient. Le tout est de l'écrire sans but particulier autre que le plaisir de voir où l'imagination peut emporter.


En une chaude soirée, le peuple des Hippos s'était réuni. Sur leur tapis de verdure, dont quelques gloutons mangeaient déjà quelques brins, les familles à ventres en tonneaux s'impatientaient. Quand allait enfin se montrer l'héritière du Trône des Lacs boueux ?


Derrière le rideau d'ajoncs, Princesse Potame entendait la musique et les piaillements de la foule. Debout, sur la première marche de l'estrade qui la mènerait sur la scène centrale, un cercle de terre battue, elle demeurait incapable d'avancer.


Pourtant, la jeune héritière avait tout fait comme il fallait. Sage et obéissante, elle avait écouté sa mère, Reine Potame, qui lui avait recommandé de se parer de ses plus beaux atours.


Ainsi, la princesse portait à présent son plus joli pantalon, celui d'un bleu profond orné de confettis multicolores. Cette tenue évoquerait au peuple attentif à quel point le futur règne de Princesse Potame serait festif. Elle avait également revêtu la perruque dorée issue de ses ancêtres quand ceux-ci, à l'aube de l'Antiquité, vivaient encore sur les rives du Nil égyptien. Une manière d'imposer son rôle de maîtresse de la nation. Pour parfaire le tout, la demoiselle aux petites oreilles avait peint ses ongles de rouge pimpant. Le moins que l'on puisse dire c'est que c'était élégant.


Respectueuse et disciplinée, Princesse Potame avait aussi entendu son père, Roi Potame, qui lui avait indiqué qu'une tenue traditionnelle gagnerait la confiance des Anciens. La princesse arborait ainsi sa poitrine dénudée qui rappelait les femmes des temps révolus mais toujours honorés. Voilà qui devrait contenter tout le monde, se dit Princesse Potame en avançant un pied.


Hélas, la demoiselle resta bloquée. Ses pattes raidies, ses bras paralysés refusaient de lui obéir. Elle se rendait bien compte qu'avec son sourire figé, elle ne convaincrait aucun de ses compatriotes et que si l'un des opposants de sa famille réussissait à la ridiculiser, elle finirait balancée dans la flotte.


Cette appréhension de la désapprobation se manifesta d'une manière malheureusement encore plus voyante. De la cime de son crâne jusqu'à l'arrière de ses genoux, Princesse Potame développa une chair d'ampoules comme jamais il en avait existé. Voilà le comble de la honte, pensa la princesse. Le peuple va me prendre pour un lampion fantaisie alors que je devrais être la lumière de la patrie !


Œuvre d'art : Blue goddess thoéris hippolamp, 1990.


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